La crise européenne perdurerait en 2011

22 Dec, 2010 @ 10:26 pm CET | written by Reuters


Le placement sous surveillance de la note souveraine portugaise par l'agence Moody's et le coût élevé d'une nouvelle émission de dette espagnole mardi laissent penser que la crise budgétaire européenne devrait repartir de plus belle en 2011.

Moody's Investors Services a expliqué qu'elle pourrait abaisser d'un ou deux crans la note A1 de la dette souveraine portugaise d'ici trois mois, évoquant les faibles perspectives de croissance du pays et ses difficultés sur le marché de l'emprunt.

Dans la foulée de cette annonce, l'euro a reculé tandis que les CDS (swaps de défaut de crédit) portugais ont simultanément progressé.

Par ailleurs, la dernière adjudication de dette espagnole de l'année a été marquée par une hausse sensible des rendements par rapport au mois dernier et les analystes jugent que Madrid doit s'attendre à une année 2011 difficile.

"L'Espagne, le Portugal et même l'Italie vont connaître des temps difficiles en 2011", a prévenu Orlando Green chez Crédit Agricole.

Dans ce contexte incertain, la France a annoncé qu'elle émettrait moins de dette à moyen et long termes en 2011, du fait de la réduction de son déficit budgétaire et des rachats anticipés de dette arrivant à échéance l'année prochaine afin d'en réduire les remboursements.

Par ailleurs, la Commission européenne a donné mardi son feu vert à l'octroi d'une aide publique temporaire de plusieurs milliards d'euros accordée aux banques Anglo Irish Bank , Allied Irish Bank et à la société de crédit immobilier Irish Nationwide .

Enfin, l'exécutif européen a également fait savoir que les émissions obligataires européennes destinées à financer l'aide à l'Irlande débuteraient en janvier et en a précisé les modalités.

FEU DE FORÊT

Le creux que connaissent les marchés à la veille des fêtes de fin d'année porte les investisseurs à accorder moins d'attention à la crise budgétaire européenne mais elle risque de faire rage à nouveau en 2011 jusqu'à ce que ou à moins que les Etats européens prennent des mesures énergiques.

Moody's avait déjà annoncé la semaine dernière avoir placé la note souveraine de la Grèce et de l'Espagne sous surveillance en vue d'un possible abaissement ( et ) et a en outre abaissé la note irlandaise de cinq crans.

L'agence de notation Standard & Poor's a de son côté estimé que la note de la Belgique pouvait être abaissée dans les six mois si la situation de blocage politique persistait et si l'état de la dette ne s'améliorait pas.

Selon les analystes, les marchés se montrent encore plus pessimistes que les agences sur la situation des pays considérés comme les plus fragiles de la zone euro.

Le sommet européen organisé la semaine dernière à Bruxelles n'a pourtant débouché sur aucune décision majeure, en dehors de la création d'un mécanisme permanent de crise à partir de 2013.

"Nous ferons tout ca qui est possible pour sauvegarder la stabilité financière en Europe", a déclaré le commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn, qui a comparé la crise européenne à un "feu de forêt" que l'Union européenne (UE) est déterminé à circonscrire.

Il a également dit que l'hypothèse d'une création d'obligations communes à la zone euro, ou "E-Bonds", doit pouvoir rester ouverte.

La Banque centrale européenne (BCE) a de son côté procédé à des achats de dettes portugaise et irlandaise mais les analystes estiment ces opérations insuffisantes pour apaiser les marchés.

Jürgen Stark, membre du directoire de la BCE, a cependant rappelé que le programme de rachat d'obligations de la BCE restera relativement modeste et fondé sur le principe selon lequel chaque Etat de la zone euro est responsable de ses finances.

Il a par ailleurs rappelé que ce programme est temporaire.

La Chine, qui a investi dans l'euro une partie non divulguée de ses réserves de 2.650 milliards dollars, a exprimé son soutien aux initiatives prises jusqu'alors par les dirigeants européens mais elle a souligné qu'elles devraient avoir plus d'effet.

Catherine Monin pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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