Le plan de sauvetage irlandais semble imminent

19 Nov, 2010 @ 04:54 am CET | written by Reuters


Le gouverneur de la Banque centrale irlandaise a déclaré jeudi s'attendre à l'octroi d'un prêt à l'Irlande de plusieurs dizaines de milliards d'euros de la part de l'Union européenne et du Fonds monétaire international.

Brian Honohan s'exprimait peu avant le début de pourparlers entre les autorités irlandaises et une mission conjointe de la Commission européenne, du FMI et de la Banque centrale européenne, qui vise à définir une aide dont le but serait de consolider les banques irlandaises et de stabiliser ses finances publiques.

"On espère, en tout cas aussi bien eux (le FMI et l'UE) que moi, que les négociations ou discussions porteront leurs fruits et qu'un prêt sera rendu disponible et utilisé dès que nécessaire", a-t-il dit sur la radio publique irlandaise RTE.

"Il s'agira sans nulle doute d'un prêt très important, sûrement des dizaines de milliards", a-t-il ajouté, reconnaissant en outre d'importantes pertes de capitaux dans le secteur bancaire irlandais depuis avril.

De sources au sein de l'Union européenne, on indiquait à Reuters que l'Irlande pourrait avoir besoin de 45 à 90 milliards de dollars, suivant que seules ses banques auraient besoin d'aide ou que le déficit public serait également concerné.

RÉACTION POSITIVE DES MARCHÉS

La possibilité de plus en plus tangible que Dublin accepte un plan de sauvetage a aidé mercredi les marchés européens d'actions et d'obligations à mettre fin à dix jours de recul et ceux-ci poursuivaient sur leur lancée jeudi vers la mi-journée.

Les coûts d'emprunt imposés à l'Irlande et l'écart de rendement entre ses obligations et celles de l'Allemagne, avaient atteint des sommets depuis l'apparition en octobre de doutes sérieux sur la solidité de ses banques.

"Le marché anticipe (un sauvetage) dans une certaine mesure, mais dès que l'annonce sera faite, je pense que les écarts de rendement vont revenir à la normale", a estimé Nick Stamenkovic, analyste technique chez RIA Capital Markets, à Edimbourg.

Jeudi, le montant des swaps de défaut de crédit sur la dette irlandaise à cinq ans, c'est-à-dire le coût des garanties sur ces titres, a diminué de 30 points de base, à 495.

Ceux de la Grèce, seul pays à ce jour à avoir été renfloué par l'UE, suivaient le même mouvement, en baisse de 19 points de base à 925.

Ces chiffres signifient qu'il coûte respectivement 495.000 et 925.000 euros pour assurer dix millions d'euros de dette irlandaise et grecque.

IMPÔT SACRO-SAINT

Laissant prévoir des négociations difficiles, la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde, a estimé qu'une hausse de la fiscalité irlandaise sur les entreprises pourrait être nécessaire en échange du plan d'aide.

Très basse à 12,5%, l'impôt irlandais sur les entreprises est un sujet sensible, considéré comme sacro-saint à Dublin. Selon Christine Lagarde, si l'impôt sur le revenu en Irlande est conforme à la moyenne européenne, celui sur les entreprises est anormalement bas.

"Donc il va falloir regarder dans quelles conditions ces taux (sur les entreprises) peuvent être modifiés sans pour autant plomber l'économie irlandaise et entraîner par exemple un départ des investisseurs", a-t-elle dit jeudi matin sur France Inter.

Au Royaume-Uni, en Allemagne et en France, où la fiscalité des entreprises est bien plus élevée, la politique irlandaise en la matière a souvent été jugée comme une concurrence déloyale.

"La croissance économique dépendra dans une certaine mesure du régime fiscal en Irlande", juge Matthew Taylor, directeur senior de Fitch Ratings et spécialiste dans les institutions financières. "Plus la croissance est taxée, moins il y aura de croissance".

L'agence de notation estime aussi que l'intervention des pouvoirs publics pour soutenir le secteur bancaire a déjà coûté aux Irlandais 17.111 euros par habitant.

"LE GOUVERNEMENT NOUS A MENTI"

Mercredi, le ministre irlandais des Finances, Brian Lenihan, a toutefois assuré à l'issue de la réunion de l'Ecofin que l'impôt sur les entreprises était "à l'abri".

Brian Lenihan a ajouté que ses homologues de la zone euro avaient bien accueilli son plan quadriennal visant la réduction des déficits par 15 milliards d'euros d'économies.

Certains analystes jugent que Dublin joue la montre, voulant notamment éviter l'annonce humiliante d'une demande d'aide avant une législative partielle prévue le 25 novembre.

Les sondages suggèrent toutefois que ce scrutin est perdu dans tous les cas pour le parti au pouvoir, le Fianna Fail, dont la majorité au parlement se trouverait alors réduite à deux sièges.

L'un des principaux patrons irlandais, le directeur général de la compagnie aérienne Ryanair, a vivement critiqué jeudi le gouvernement et estimé qu'une aide du FMI serait la bienvenue.

"Le pays est en faillite et on doit maintenant venir nous sauver. Le gouvernement nous a menti toute la semaine. Quand les bons du Trésor irlandais ont un rendement de presque 9% et qu'on peut emprunter au FMI à 3%, (...) la seule solution, c'est le FMI, et franchement, le plus tôt sera le mieux", a dit Michael O'Leary à la presse à Dublin.

Avec Natsuko Waki à Dublin, William James à Londres et Jean-Baptiste Vey et Matthieu Protard à Paris, Gregory Schwartz pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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