L'économie du Japon ralentit, le 2e rang mondial compromis

16 Aug, 2010 @ 10:08 pm CET | written by Reuters


L'économie japonaise a ralenti au deuxième trimestre et les analystes anticipent une poursuite de cette tendance au cours des prochains mois, ce qui accroît les difficultés des autorités monétaires et politiques aux prises avec la déflation et la vigueur du yen, qui menace une reprise largement dépendante des exportations.

Le produit intérieur brut (PIB) du Japon a progressé de 0,1% au deuxième trimestre 2010 par rapport aux trois mois précédents, soit de 0,4% en rythme annualisé, des chiffres nettement inférieurs à ceux de 0,6% et 2,3% respectivement attendus par les économistes.

La faiblesse des chiffres annoncés fait suite à une croissance annualisée révisée à 4,4% pour les trois premiers mois de 2010, qui avaient bénéficié de la progression des exportations et de la consommation.

Sur la période avril-juin, les effets de la relance se sont dissipés, laissant ainsi les seules exportations tirer la croissance nippone. Or la contribution des exportations au PIB a diminué de moitié sur la période, pour tomber à 0,3%.

Le Premier ministre Naoto Kan et le gouverneur de la Banque du Japon (BoJ), Masaaki Shirakawa, devraient se rencontrer cette semaine pour discuter du niveau du yen, qui a atteint ce mois-ci un plus haut de 15 ans face au billet vert, à 84,72 pour un dollar.

La publication des chiffres de la croissance a pesé sur la Bourse de Tokyo, qui a clôturé en baisse de 0,61%, mais elle profite en revanche au yen, qui bénéficie de son statut de valeur refuge.

"PRENDRE DES MESURES DÉCISIVES"

"Je pense que la Banque du Japon et le gouvernement doivent prendre des mesures décisives contre les fluctuations de changes", estime Takeshi Minami, économiste en chef au Norinchukin Research Institute de Tokyo.

"Une intervention en solo sur les changes est possible si le yen approche des 80 pour un dollar. Si cela s'accompagne d'un assouplissement monétaire de la part de la Banque du Japon, cela pourrait avoir un certain effet".

Les derniers chiffres de la croissance japonaise montrent aussi que la Chine a subtilisé au Japon sa place de deuxième économie de la planète au deuxième trimestre lorsque l'on exprime leur PIB nominal en dollar, a reconnu Keisuke Tsumura, un secrétaire parlementaire du gouvernement.

Il a néanmoins ajouté qu'il faudrait attendre les chiffres annuels avant de modifier le classement mondial.

"Comme l'on utilise des méthodes de calcul différentes pour les ajustements saisonniers, il serait convenable et juste de comparer les chiffres sur l'ensemble de l'année", a-t-il dit.

Hors effets des variations saisonnières, le PIB japonais est ressorti à 1.288,3 milliards de dollars (1.006,7 milliards d'euros) au deuxième trimestre, alors que la Chine a dégagé un PIB non ajusté de 1.336,9 milliards de dollars sur la période, a précisé Keisuke Tsumura.

"L'économie pourrait marquer une pause cette année ou en début d'année prochaine, ou même stagner", prévient Yoshiki Shink, économiste chez Dai-Ichi Life Research Institute.

"Cela dépendra beaucoup de la performance des économies étrangères."

Les analystes estiment que la vigueur du yen pourrait commencer à handicaper la croissance des exportations au cours des derniers mois de l'exercice budgétaire japonais, qui clôturera en mars prochain.

Alors que le yen s'est apprécié de plus de 10% face au dollar depuis le début du mois de mai et s'est rapproché de son plus haut niveau historique atteint en 1995 (79,75 yens pour un dollar), une intervention des autorités japonaises sur le marché des changes paraît difficile.

Les opérateurs de marché estiment d'ailleurs qu'en la matière, une intervention isolée du Japon pourrait augmenter le risque d'un rapprochement de la devise nippone du seuil des 80 yens pour un dollar à un rythme pouvant atteindre deux à trois yens par jour.

Les investisseurs envisagent donc plus facilement des mesures de politique monétaire de la part de la BoJ qu'une intervention sur le marché.

L'appréciation de la devise nippone risque aussi de prolonger la déflation jusqu'en 2012, montre une enquête réalisée par Reuters lundi après les chiffres du PIB.

Les prix à la consommation hors alimentation sont orientés à la baisse depuis maintenant 16 mois et leur indice a reculé de 1% sur un an en juin.

Alors que le marché anticipait un retour à la hausse des prix début 2012, observateurs jugent qu'un maintien prolongé du yen autour de 85 pour un dollar pourrait prolonger la déflation d'un semestre environ.

Avec Kaori Kaneko et Yoko Nishikawa, Pascal Liétout et Alexandre Boksenbaum-Granier pour le service français, édité par Marc Angrand

Reuters.Tous droits réservés.

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