La croissance chinoise s'accélère au 1er trimestre, à 11,9%

15 Apr, 2010 @ 10:49 pm CET | written by Reuters


par Zhou Xin et Simon Rabinovitch

PEKIN (Reuters) - La croissance économique de la Chine s'est accélérée, passant de 10,7% en rythme annuel au quatrième trimestre 2009 à 11,9% au premier trimestre de cette année selon le Bureau national des statistiques, ce qui pourrait augurer d'un resserrement de la politique monétaire chinoise.

Bénéficiant d'un taux de comparaison faible l'année précédente, avec une économie mondiale secouée par la crise, ce chiffre est supérieur aux estimations des économistes qui anticipaient 11,5%.

Cette croissance, la plus élevée depuis 2007, année où elle avait été de 13%, pourrait bien encourager le gouvernement chinois à donner un tour de vis monétaire pour éviter une surchauffe de l'économie et une poussée inflationniste.

"Nous estimons que, sauf en cas de chute brutale de la demande extérieure, le gouvernement doit absolument resserrer sa politique monétaire de manière bien plus ferme qu'il ne l'a fait auparavant afin de prévenir tout risque de surchauffe" expliquent Yu Son et Helen Qiao, économistes chez Goldman Sachs dans une note.

Depuis le début de l'année, la banque centrale chinoise a déjà relevé par deux fois le ratio de réserve des banques et a drainé d'importantes liquidités du système bancaire. Mais contrairement à certains de ses voisins comme l'Inde ou la Malaisie, la Chine a laissé ses taux d'intérêt inchangés.

En dépit des pressions de Washington, notamment lors de la rencontre lundi du président chinois Hu Jintao avec Barack Obama, Pékin n'a toujours pas agi sur sa monnaie comme l'a fait Singapour mercredi.

L'INFLATION RESTE MODÉRÉE

Selon Glenn Maguire, économiste chez la Société générale, les chiffres de croissance de la Chine laissent présager une appréciation du yuan. "Cela ne signifie pas que l'économie est en surchauffe. Dans ce contexte, cela ramène la question du yuan au coeur du débat et pourrait bien être l'objet d'une prochaine décision politique" explique-t-il.

Mais tous les économistes ne partagent pas cet avis, constatant que le gouvernement a déjà pris des mesures en imposant un nouveau quota aux banques, tenues de réduire leurs prêts de 20% en 2010. Elles prêteront donc cette année 7.500 milliards de yuans contre un record à 9.600 milliards en 2009, lorsque le gouvernement avait relâché la bride pour soutenir son plan d'aide à l'économie de 4.000 milliards de yuans.

En outre, l'inflation est restée modérée puisque, après une hausse de 2,7% en février, les prix ont augmenté de 2,4% en rythme annuel, alors que les analystes avaient anticipé une progression de 2,6%.

Les prix de gros ont également enregistré une hausse moins forte que prévu en mars, à 5,9% contre 6,4% attendus par les économistes.

Avec une inflation modérée, la banque centrale pourrait donc ne pas relever ses taux d'intérêt avant juin, mois au cours duquel le plafond de 3% en matière de hausse des prix à la consommation fixé par le gouvernement chinois pourrait être atteint, a souligné Ben Simpfendorfer, économiste chez Royal Bank of Scotland.

VERS UNE APPRÉCIATION DU YUAN?

"Le gouvernement est face à un dilemme : relever les taux et étouffer l'ardeur des investisseurs dans le secteur de l'immobilier ou bien les maintenir et laisser la bulle immobilière se développer et le risque d'inflation se concrétiser" explique Tom Orlik, chercheur chez Stone & McCarthy.

Jeudi, le ministre du Commerce chinois a réaffirmé son opposition à une appréciation du yuan, en soutenant que cela ne permettrait pas de résorber le chômage des Etats-Unis.

Après avoir eu connaissance des chiffres de la croissance, le Conseil d'état avait cependant promis mercredi de s'en tenir à une politique monétaire "souple et appropriée" et d'activer la politique budgétaire adoptée fin 2008, en plein crise économique.

Mais, en omettant de constater la fragilité de la reprise comme ce fut le cas l'année précédente, le cabinet pourrait laisser miroiter une modification de la politique monétaire.

Le yuan a réagi en légère hausse après la publication des chiffres de la croissance.

Selon une enquête Reuters publiée mercredi, le PIB chinois pourrait croître de 10% cette année, propulsant la Chine au rang de deuxième économie mondiale devant le Japon.

Parmi d'autres indicateurs illustrant la bonne santé de l'économie chinoise figurent, les ventes au détail, qui ont enregistré en mars une hausse de 18% par rapport à même mois 2009, une production industrielle en augmentation de 18,1% et des investissements en zone urbaine en hausse de 26% au premier trimestre.

Catherine Monin et Eric Faye pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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