L'UE exhorte la Grèce à faire plus concernant son déficit

02 Mar, 2010 @ 02:45 am CET | written by Reuters


par Ingrid Melander et Lefteris Papadimas

ATHENES (Reuters) - L'Union européenne exhorte la Grèce à prendre des mesures d'austérité supplémentaires pour juguler sa crise budgétaire et s'engage à l'aider à la surmonter.

Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn a formulé cette demande après avoir rencontré des responsables grecs.

Les marchés tendent à penser de plus en plus qu'il y aura un plan qui se traduira par des mesures concrètes de soutien de la part de l'UE en échange, de la part d'Athènes, d'un complément de mesures budgétaires.

"Je suis sûr qu'ensemble nous surmonterons ces terribles défis économiques et budgétaires", a déclaré Olli Rehn, à l'issue d'une rencontre avec le ministre des Finances George Papaconstantinou.

"J'entends encourager les autorités grecques à envisager et à annoncer de nouvelles mesures dans les jours qui viennent pour atteindre cet objectif".

Le Premier ministre George Papandréou semble, il est vrai, vouloir préparer le pays à de nouveaux sacrifices, dramatisant la situation et en appelant à un soutien populaire, lors de propos tenus lundi en conseil des ministres.

Son ministre du Travail a proposé un gel des retraites cette année, entre autres mesures pour contenir la dépense publique.

"Nous demandons aujourd'hui aux hommes et aux femmes de Grèce de faire corps avec notre cause commune qui est de sauver notre pays et l'écrasante majorité de nos concitoyens est prête à le faire en dépit du prix (à payer) et du fardeau... Tout le monde dit oui", a dit George Papandréou.

TRADUIRE EN ACTES

Ce dernier doit rencontrer la chancelière allemande Angela Merkel vendredi à Berlin, une réunion vraisemblablement primordiale car l'Allemagne paraît détenir le sésame pour débloquer une aide communautaire.

Une porte-parole du gouvernement allemand a persisté à dire qu'il revenait à la Grèce de consolider ses finances publiques pour retrouver la confiance des marchés et ajouté que Berlin n'avait rien de neuf à signaler concernant d'éventuelles mesures de soutien.

Les coûts d'emprunt de la Grèce sont tombés lundi à leur niveau le plus bas depuis la mi-février, les marchés pensant qu'Athènes soumettra bientôt du nouveau, en l'espèce des hausses d'impôt et une réduction des dépenses, pour, si ce n'est combler le déficit, au moins le réduire sensiblement.

Les spreads des dettes italienne, espagnole et portugaise ont eux aussi rétréci.

Cela pourrait en retour pousser l'UE à traduire en actes son soutien verbal à la Grèce, confrontée à une échéance de l'ordre de 25 milliards d'euros d'ici la fin mai, peut-être par le biais de garanties publiques apportées aux banques qui souscriraient à la dette souveraine du pays, ont déclaré des parlementaires allemandes et de l'Union européenne.

Néanmoins, pour l'heure, la Grèce doit encore payer plus de trois points au-dessus des rendements des Bund allemands pour pouvoir emprunter sur les marchés de capitaux.

Les autorités européennes ont également choisi, semble-t-il, de prendre à bras-le-corps la spéculation contre la dette grecque.

Selon une source proche du dossier, les autorités financières allemandes ont ainsi pris des mesures pour identifier ceux qui spéculent sur la dette grecque, dans le but d'éviter qu'ils n'engrangent des bénéfices indus dans le cas d'une assistance à la Grèce.

HALTE À LA SPÉCULATION

Olli Rehn, accompagné de Jürgen Stark, membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne et partisan d'une stricte orthodoxie budgétaire, ont discuté avec les autorités grecques des nouvelles mesures qu'il faudrait prendre pour réduire de quatre points le déficit budgétaire cette année, pour le ramener à 8,7% du produit intérieur brut (PIB).

Le gouvernement socialiste grec a déjà annoncé deux vagues de mesures de réduction du déficit comportant notamment un gel des rémunérations, une hausse des impôts, une lutte renforcée contre l'évasion fiscale, un alourdissement de la fiscalité des carburants et une réduction des dépenses publiques.

Si cela ne suffit, George Papandréou, dont la popularité reste grande en dépit d'une grève de 24 heures contre ses mesures d'austérité la semaine dernière, s'est engagé à aller plus loin.

Il pourrait par exemple augmenter la TVA, la taxe sur les produits de luxe ou encore augmenter à nouveau la taxe sur les carburants. Il pourrait aussi geler les retraites du secteur public et réduire encore un peu plus les dépenses publiques, de l'avis de hauts fonctionnaires grecs.

La Commission européenne doit soumettre le 16 mars aux ministres des Finances de l'UE un rapport d'étape sur la mise en oeuvre du plan de consolidation budgétaire de la Grèce.

Parallèlement, selon des sources de l'UE, des discussions se tiennent discrètement entre pays de la zone euro sur d'éventuels mécanismes de soutien de la Grèce si nécessaire sur les marchés obligataires internationaux.

Pour Angela Merkel, la Grèce doit impérativement remettre de l'ordre dans ses finances publiques par elle-même. Soulignant dimanche dernier que l'euro traversait sa passe la plus difficile depuis sa création, elle a fait référence à une clause de "non renflouement" dans le traité de l'UE, sans exclure explicitement, toutefois, la possibilité de garantir la dette grecque par le biais d'organismes publics.

Face aux attaques multiples sur la dette grecque qui ont marqué les marchés ces derniers jours, certains impliquant des banques d'investissement ou des fonds spéculatifs, le président de l'Eurogroupe, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a déclaré au quotidien financier allemand Handelsblatt que l'Europe ne resterait pas les bras croisés.

Quant à la ministre de l'Economie Christine Lagarde, elle s'est prononcée dimanche pour une réglementation très rigoureuse des CDS (swaps de défaut de crédit) souverains, voire pour leur interdiction pure et simple.

Avec Kirsten Donovan à Londres, John O'Donnell et Ilona Wissenbach à Bruxelles, Dina Kyriakidou, Paul Hoskins, Harry Papachristou et George Georgiopoulos à Athènes, Paul Taylor, version française Wilfrid Exbrayat, édité par Benoît Van Overstraeten

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