La taxe sur les bonus pèse sur le moral des traders parisiens

23 Dec, 2009 @ 11:39 pm CET | written by Reuters


PARIS (Reuters) - La taxe exceptionnelle de 50% sur les bonus des traders décidée par le gouvernement français pèse sur le moral des employés de la filiale de Saxo Bank en France, où l'on redoute que les plus jeunes recrues n'en subissent les plus lourdes conséquences.

"Je ferai tout ce que je peux pour que ça ne gâche pas l'ambiance", explique Pierre-Antoine Dusoulier, le président de Saxo Bank France, lors d'un entretien accordé à Reuters.

Saxo Bank, dont le siège est à Copenhague, est spécialisée dans le trading. A Paris, elle emploie 25 personnes dont la moyenne d'âge est de 29 ans.

La France a décidé le 16 décembre que les bonus versés en 2010 par les banques françaises aux traders travaillant dans le pays seraient taxés à hauteur de 50% dès lors qu'ils seront supérieurs à 27.500 euros (Plus de détails, ).

Pierre-Antoine Dusoulier estime que cette taxe affectera davantage les jeunes traders de sociétés comme la sienne.

"Si vous avez Bac+5, vous pouvez espérer gagner un salaire fixe de 30.000 euros et toucher ensuite un bonus de 30.000. Soixante mille, ce n'est pas un montant scandaleux", dit-il. "Ce sont des jeunes gens avec des petits bonus qui vont se prendre (la taxe) en pleine tête."

Les traders qui gagnent les plus gros bonus pourront quant à eux s'offrir les services des meilleurs avocats pour réduire l'impact fiscal de la taxe.

"Ceux qui ont de gros bonus sont souvent ceux qui décident aussi de l'enveloppe des bonus. Ils sont entourés d'avocats", note le président de Saxo Bank France, lui-même âgé de 32 ans.

Au sein de l'équipe parisienne de Saxo Bank, certains employés expriment quelques inquiétudes. "C'est un peu décourageant", commente Gilles Piedoye-Peteuil, trader vendeur.

Pour 2010, la direction de Saxo Bank France explique que l'équipe parisienne aura probablement un bonus plus faible mais compensé par une rémunération fixe plus importante.

Bien que la Grande-Bretagne a décidé de taxer elle aussi les bonus des banques à hauteur de 50%, de nombreux observateurs estiment que Paris, en tant que place financière, restera pénalisée face à sa grande rivale Londres.

La Fédération bancaire française a déjà interpellé le gouvernement sur les risques de distorsions de concurrence que fait peser cette taxation exceptionnelle des bonus. Pour des raisons similaires, Baudouin Prot, le directeur général de BNP Paribas, a pour sa part déclaré qu'il aurait été préférable d'instaurer une taxation à l'échelle internationale.

"En Angleterre, vous n'avez pas le même niveau de fiscalité. En France, la fiscalité est déjà élevée", souligne Pierre-Antoine Dusoulier, revenu à Paris il y a quelques années après avoir travaillé à Londres pour Calyon, la banque de financement et d'investissement du Crédit agricole.

"Londres conserve un avantage", renchérit Gilles Piedoye-Peteuil.

Denonçant une "opération de communication" du gouvernement, les socialistes français ont fait valoir que la taxe serait indolore pour les banques puisqu'elle serait "compensée par une baisse d'un montant équivalent du prélèvement déjà annoncé pour financer le relèvement du plafond de garantie des dépôts".

Reuters.Tous droits réservés.

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